Interview de Calogero
L'embellie, cela vous évoque quoi?
Ça représente ce par quoi je suis passé pendant l'écriture de cet album. Il y a eu une souffrance énorme, mais j'avais envie de chanter des chansons lumineuses, un peu héroïques, flamboyantes. Je suis très positif, ce n'est donc pas un album qui tourne autour d'une rupture.
Vous appréciez cette nouvelle vie de père célibataire?
J'adore. C'est un équilibre très épanouissant. Je suis un autre homme. Un père présent pour ses deux filles et un célibataire qui profite des moments avec ses potes. J'ai la sensation d'avoir construit quelque chose et d'être à la fois complètement libre.
Dans Nathan, vous parlez de l'autisme. Ce sujet vous touche?
Marc Lavoine s'occupe d'un journal, Le papotin, qui est écrit par des autistes. J'ai passé une après-midi incroyable à parler avec eux, ils disent des choses très intelligentes et très vraies. J'ai été très touché et je leur ai demandé de m'écrire une chanson sur cette rencontre.
Vous avez écrit votre premier texte, Je me suis trompé. Un texte qui aborde votre séparation. L'écriture est-elle plus thérapeutique?
On révèle plus sa personnalité par les mots, mais c'est dommage car la musique semble moins importante pour les gens. C'est une chanson dont je n'ai pas trop envie de parler, elle s'écoute. Je vais mieux depuis que je l'ai faite.
Dans les clips de La débâcle des sentiments et de C'est dit, vous êtes moins sérieux, plus sympa. Vous voulez casser votre image?
Dans le duo avec Stanislas et dans ce clip-ci, on découvre un autre aspect de ma personnalité, mais ce n'était pas calculé. Je suis juste plus disposé à cela aujourd'hui. Je suis bien dans ma vie et ça se voit.
A côté de la musique, qu'est-ce qui vous passionne?
La bouffe! J'adore cuisiner pour mes potes. Je fais des plats italiens, marocains et mes tajines sont super-bons! Je cuisine souvent avec mes filles. On fait des soupes, des gâteaux. Je les adore.
Qui dit "embellie" dit "orage". Vous venez de traverser des temps difficiles?
Une période de changement en tout cas. J'ai divorcé. Aujourd'hui, j'ai deux petites filles et je me partage entre ma vie de papa et celle d'artiste. Cela dit, je le vis très bien. Ce sont malheureusement les choses de la vie. Pour m'aider à surmonter ça, je me suis plongé dans la création.
Vous parlez d'un jour "où l'amour t'a figé". Une jolie formule.
Je n'aime pas parler de ma vie privée, je préfère la mettre en chansons. Je veux rester pudique. Mais je veux dire que je n'ai pas à me plaindre car il y a des gens qui vivent vraiment des choses horribles. Moi, ce qui m'arrive est triste mais banal. C'est ce que traduit ce disque plus profond que les autres. Paradoxalement, je me suis éclaté à le réaliser. C'est parce que j'ai voulu cette embellie qu'elle est arrivée.
Un beau matin, vous avez senti la vie reprendre?
Je ne suis pas quelqu'un qui se laisse abattre. Je rebondis. C'est mon caractère.
Vous pensez que l'amour peut tuer?
L'amour peut tuer quelqu'un de fragile. Mais il peut aussi pousser à se surpasser. Moi, les peines de cour me rendent plus fort. L'amour, je m'en remets finalement, même s'il y a une brûlure. La seule chose qui aurait pu me tuer, c'est que je ne vive pas ma vie d'artiste comme je l'avais rêvée. Des salles vides un peu plus longtemps, j'aurais pu très mal le vivre.
[...]
Comment avez-vous réussi à faire sortir Jean-Jacques Goldman de sa tanière?*
Il est venu me voir quelques fois en concert. Je crois qu'il y a un respect mutuel, qu'il aime certaines de mes chansons. Pour moi, c'est un grand auteur, il a écrit de très beaux textes. Je suis plus sensible à ses textes qu'à ses musiques. Donc je lui ai proposé une chanson sans refrain en me disant que c'était un défi intéressant pour lui. Quelques jours plus tard, il m'a appelé pour me demander où était l'accroche. Je ne savais pas, il n'avait qu'à trouver. Il en a trouvé deux: "On n'est riche que de ses amis. C'est dit". Sans refrain, il a écrit un texte accrocheur. C'est un magicien! Et un bel artiste. Un type qui a été détesté parce qu'il a vendu des tonnes de disques dans un pays comme la France qui a du mal à accepter ça.
On a l'impression que vous pouvez écrire des chansons au mètre, facilement. Pourtant, on vous décrit comme un grand bosseur.
Mon bonheur, je le trouve dans le travail. Je me lève tôt le matin et je dois tout de suite me mettre en mouvement. En musique, c'est la même chose. Quand je commence à faire mes gammes, ça peut durer des heures. J'adore ça. J'ai juste besoin d'être actif. Ne rien faire, pour moi, c'est l'enfer. Quand un pote me dit: "viens, on se casse, on va dans le désert", ça m'angoisse. Cela dit, c'est souvent en vacances que j'écris mes plus belles musiques. Probablement parce que je me relâche, que je laisse tout aller. C'est dit, je l'ai écrite en vacances.
Où ça?
Euh. A Bali. Ça fait un peu riche, mais bon.
Vous avez un problème avec ça?
Je n'ai pas envie de cracher ma chance à la gueule des gens. Je suis fils d'ouvrier et j'ai longtemps vécu sans un balle. Je n'ai juste pas envie de frimer. Ça peut vite devenir indécent.